L'automutilation en 5 questions
Un adolescent ou une adolescente qui s’automutile peut être à la fois souffrant et difficile à comprendre pour un parent. Avoir les bons outils en main pour être en mesure de l’aider à s’en sortir est essentiel. Mais par où commencer, et comment faire pour l’accompagner avec bienveillance?
#1: qu'est-ce que l’automutilation?
Un.e ado qui s’automutile a besoin d’aide, car l’automutilation est un comportement qui cesse rarement sans intervention. Il est donc important, si votre jeune s’automutile, d’en parler avec lui.elle le plus tôt possible.
Automutilation ne veut pas dire idées suicidaires
Apprendre qu’un.e ado s’automutile représente souvent un grand choc, et il arrive fréquemment qu'on associe cette pratique avec l’idée que notre jeune a des idées suicidaires et souhaite mettre fin à sa vie. Pourtant, l’automutilation et la tentative de suicide sont tout à fait différentes l’une de l’autre.
💡Une personne qui s’automutile cherche avant tout à évacuer sa souffrance et n’a pas l’intention de se suicider, même si ces deux problématiques peuvent parfois coexister. De manière générale, il s’agit pour la personne de canaliser sa détresse plutôt que de vouloir mettre fin à ses jours.
Blesser l’extérieur pour «soulager» l’intérieur
L’automutilation est avant tout une blessure physique infligée à soi-même pour exprimer de manière concrète une angoisse ou un traumatisme psychologique. Qu’il s’agisse de coupures, de gravures, de brûlures sur la peau, ou encore d’ongles ou de cheveux arrachés, cette pratique est une tentative de contrôle sur une souffrance incontrôlable.
Le fait de se blesser «à l’extérieur» soulage temporairement la souffrance «intérieure». Alors qu’une anxiété qui lui semble insurmontable l’envahit, l’ado se soulage physiquement en s’automutilant. Cependant, cet apaisement n’est que passager et laisse souvent place à un sentiment de honte et de culpabilité, puis à l’envie irrépressible de recommencer.
Un cercle vicieux
La majorité des jeunes ayant recours à cette pratique vit ainsi souvent un paradoxe. D’un côté, iels veulent arrêter de s’automutiler, mais, de l’autre, cette méthode est leur moyen de soulager la souffrance qui les envahit.
💡En tant que parent, il est important de considérer l’automutilation comme un comportement généralement addictif. Il est donc difficile pour l’ado de le cesser de soi-même.
Il s’agit d’un comportement qui peut régresser et cesser lorsque le.la jeune va chercher de l’aide rapidement. Toutefois, les pratiques d’automutilation peuvent vite empirer puisque, pour obtenir les mêmes effets de soulagement qu’au départ, les ados auront tendance à s’automutiler plus fréquemment et plus profondément.
#2: quels sont les signes que mon jeune s’automutile?
La majorité des ados qui s’automutile a tout à fait conscience du jugement négatif que pourrait avoir leur entourage s’il l’apprenait. Iels ont également souvent honte de ce comportement et sont donc généralement habiles pour le cacher.
Néanmoins, certains indices peuvent attirer votre attention:
Votre jeune s’isole de plus en plus, se replie sur lui.elle-même et abandonne plusieurs de ses activités.
Votre jeune porte des vêtements inappropriés pour le climat (tels des chandails à manches longues ou des pantalons quand il fait chaud).
Iel refuse d’aller se baigner alors qu’iel adorait cela auparavant.
Découverte de lames de rasoir, de couteaux, ou d’objets tranchants dans sa chambre ou autres lieux qu’iel fréquente.
Longues périodes passées seul.e dans la salle de bain ou dans sa chambre.
#3: quelles sont les réactions possibles des parents face à l’automutilation
Choc et négation
Étant donné que l’automutilation est souvent cachée, il y a de fortes chances que nous ressentions un choc lors du dévoilement de ce comportement et que nous ayons la tentation de nier qu’il existe.
💡Cependant, le nier reviendrait également à nier la souffrance de notre jeune, et il est donc important de prendre du recul sur la situation pour pouvoir aller chercher de l’aide.
Colère, frustration, déception
Nous pouvons également ressentir de la colère et de la frustration face à un comportement que nous ne contrôlons pas, et que nous pouvons trouver absurde, et face au fait que notre ado nous ait menti par rapport à ses blessures. La colère peut venir avec la déception qu’iel ait recours à ce type de pratiques, et avec la difficulté de les arrêter.
Dans ce cas, il est souvent utile de nous rappeler que nous ne pouvons jamais contrôler le comportement d’une autre personne, même s’il s’agit de notre enfant, et que tenter de le faire n’améliorerait pas la situation. Face à la réalité de notre jeune, il est aussi possible de nous mettre à sa place et d’éprouver de l’empathie ou de la tristesse.
Pitié
Plaindre notre ado qui s’automutile pourrait être interprété de sa part comme un signe de condescendance.
💡Parce que la pitié n’est pas utile, et parce qu’il est impossible de porter toute la souffrance de notre jeune à sa place, cette attitude ne lui serait pas bénéfique.
Culpabilité
Par ailleurs, de nombreux parents éprouvent de la culpabilité en relation avec les comportements de leur ado. Nous pouvons ainsi penser que nous ne lui avons pas suffisamment consacré d’amour ou d’attention, ou nous en vouloir de ne pas avoir remarqué ses comportements plus tôt.
#4: comment aider mon jeune qui s’automutile?
Parler au «je» en nommant nos préoccupations, plutôt qu’en abordant la situation au «tu», en accusant le jeune de se faire du mal, est souvent utile. En parlant calmement et de façon rassurante, vous pouvez nommer les émotions que le comportement vous fait vivre ainsi que les inquiétudes ressenties.
Valider les sentiments de la.du jeune. Il est important d’accueillir et de valider le ressenti de votre ado, tout en écoutant respectueusement son opinion et, le cas échéant, en discutant de moyens plus sains pour gérer sa détresse.
💡Si votre ado n’est pas ouvert.e à la discussion, il est important de ne pas insister, quitte à y revenir plus tard. L’automutilation est un sujet très émotif et le fait que votre jeune apprenne que ses parents sont au courant peut être un choc important pour lui.elle.
Valider s’iel rencontre des difficultés en ce moment. Si c’est le cas, demandez-lui comment vous pouvez l’aider à les surmonter. De même, vous pouvez évoquer avec lui.elle votre relation et lui demander s’iel vit des frustrations en lien avec celle-ci.
Lui demander s’iel a des idées pour améliorer la relation et se sentir mieux compris.e? Si vous êtes suffisamment à l’aise, vous pouvez également parler directement d’automutilation, en lui proposant d’expliquer comment iel se sent avant et après s’être infligé.e des blessures.
💡S’iel refuse de vous en parler, le simple fait de nommer que vous le comprenez et que vous restez présent malgré tout peut être réconfortant. Vous pouvez aussi vérifier avec lui.elle s’iel préfère que vous reveniez vers lui.elle ou s’iel souhaite que vous attendiez qu’iel vous en parle de lui.elle-même.
Pour aborder le sujet de l’automutilation, choisissez un moment calme durant lequel votre ado est disponible et prêt.e à vous écouter est idéal. Vous pouvez donc profiter d’une activité à deux, ou d’un moment privilégié.
Prendre le comportement d’automutilation au sérieux et expliquer à l’ado quelles sont les options pour aller chercher de l’aide. Lui demander ce qu’iel en pense et quelles sont ses préférences.
Pour qu’une intervention professionnelle fonctionne le mieux possible, il est important que la personne s’investisse, et il est donc préférable de permettre à l’ado de prendre sa place dès le début des démarches auprès d’un.e professionnel.le.
#5: quelles sont les réactions à éviter?
Les émotions provoquées par le dévoilement de l’automutilation de notre ado peuvent nous amener à réagir spontanément sans réfléchir plutôt qu’à agir pour aider notre jeune.
Demander à voir les blessures. Même si cela peut être tentant, le fait de demander à l’ado de voir ses blessures ne changera pas la situation si nous avons la certitude que l’automutilation est présente. Nous pouvons demander si les blessures sont bien désinfectées et s’il n’y a pas de signes d’infection, mais insister pour les voir reste inutile et risque de nous affecter davantage.
S’énerver. De même, nous pouvons avoir la tentation de crier, de sermonner, de rabaisser l’ado ou de lui donner une punition sévère pour reprendre du pouvoir sur la situation. Toutefois, ces mesures, qui instaurent un rapport de force dont chacun voudra sortir vainqueur, risquent fort de nuire au lien de confiance et à la communication entre vous et votre jeune.
Chercher à contrôler. Il est impossible de contrôler le comportement d’une autre personne, même s’il s’agit de notre propre enfant. Nous ne pouvons donc pas forcer notre adolescente ou adolescent à cesser ses pratiques. Nous pourrions plutôt parler de ce que la situation nous fait vivre.
💡En exprimant le besoin qu’iel aille chercher de l’aide, nous envoyons à notre ado le message que nous le.la prenons au sérieux, ce qui est très important dans ce type de situation.
Supprimer les objets utilisés. Cela n’améliore généralement pas la situation, car un.e ado qui ressent le besoin intense de se faire du mal trouvera les moyens d’y arriver. De plus, l’utilisation des mêmes outils peut faire partie d’un rituel pour le.la jeune et chercher à les contrôler peut alors amener un sentiment de panique et déclencher des conséquences plus importantes. Essayez plutôt d’obtenir de l’aide, de faire preuve d’ouverture, de donner de l’espace au besoin.